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Blog littéraire.


Achever Clausewitz.

Publié le 15 Octobre 2012, 20:33pm

14 octobre 1806, Iéna, l'armée napoléonienne remporte une victoire décisive contre la Prusse. Clausewitz compose son ouvrage "De la guerre" dans le sillage de cette défaite et en opposition fascinée à la figure devenue mythique de Napoléon. La genèse de cet ouvrage corrobore ainsi les thèses de René Girard relatives au désir mimétique et à sa force destructrice : je désire non seulement ce que l'autre désire mais je cherche à m'approprier ses forces, son pouvoir. Telle serait l'histoire de l'Empire, tel serait le destin des idéologies, tel serait le visage grimaçant de notre monde actuel - et plus particulièrement de l'histoire européenne- caractérisé par une montée irréversible vers les extrêmes, que cautionne un rationalisme, héritier de la pensée hégélienne, ne concevant la pensée et donc l'être-ensemble, qu'en termes d'affrontement et de conflits. Des pages éclairantes et polémiques sur la figure de l'intellectuel en être du ressentiment et de l'esprit de contradiction systématique ponctuent de façon réjouissante l'ouvrage. Ainsi, la vérité de notre monde serait apocalyptique : à la certitude toujours plus grande d'une destruction finale inéluctable fait écho la promesse d'une Révélation toujours à venir. Les analyses de René Girard sont époustouflantes en ce qu'elles dévient nos façons communes de pensée, en cherchant à nous faire renouer avec une pensée, digne héritière d'une science anthropologique salutaire, de la sauvagerie civilisationnelle. La violence est au coeur de nos sociétés, ce que les grecs déjà avaient compris, lorsqu'ils instituaient des cultes sacrificiels afin de préserver l'unité sociale et culturelle, au détriment du sacrifice d'un bouc émissaire. La violence peut être expulsée de façon exutoire mais elle ne peut être niée. La Révélation chrétienne franchira un pas décisif en instituant le rite sacrificiel de l'innocence même en la personne du Christ. Face aux assauts convulsifs d'une violence que nous ne savons plus maîtriser, où la leçon même de la Révélation se fourvoie puisque à la rédemption du Christ se sacrifiant pour sauver des innocents a succédé le sacrifice d'êtres qui tuent des innocents afin de sauver leurs croyances, René Girard nous assure paradoxalement que le salut reste possible. Il passe moins par la tenue d'un discours prosélyte que par la reconnaissance de mille ans de guerre entre la papauté et l'empire, entre la lutte spirituelle en faveur de la charité et la volonté toujours plus grande de domination. La clef des conflits destructeurs auxquels nous assistons aveuglément est sans aucun doute spirituelle mais qui saurait, tel Saint Paul ayant assisté à la lapidation d'Etienne, se convertir à la charité et à la vérité des coeurs, qui nous fait si sensiblement défaut?


René Girard, Achever Clausevitz, Entretiens avec Benoît Chantre, Carnets Nord.

Achever Clausewitz.

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