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Blog littéraire.


La vérité sur l'amour

Publié par olrach sur 24 Octobre 2013, 15:01pm

 

 

            Avec ce dernier roman, Nue, Jean-Philippe Toussaint poursuit l’exploration qu’il avait entreprise avec Faire l’amour, Fuir et La Vérité sur Marie, d’une rupture amoureuse sans cesse remise sur le métier. Une histoire qui n’en finit pas de surprendre, de ne pas finir, envisagée sous des angles toujours nouveaux, toujours plus décalés. Le passé revient hanter le présent de l’écriture - de la mémoire, de la jouissance - qui semble au fur et à mesure de la narration réinventer ce qui a été, ce dont le narrateur n’a pas toujours été témoin mais il dont témoigne, non sans allégresse.

            Le récit s’organise autour de quelques scènes monumentales, comme toujours chez Toussaint, de séquences oscillant entre le drame et la drôlerie, à l’image du pire, toujours incertain et du meilleur, toujours possible. Tel ce préambule qui voit le personnage de Marie organiser un défilé affublant un jeune mannequin d’une robe de miel autour de laquelle gravite un essaim bien réel d’abeilles. Jusqu’au moment fatal où la jeune fille hésite sur la sortie à emprunter. Tel ce vernissage, à Tokyo, de l’exposition de la même Marie et que le narrateur avait visité, un flacon d’acide chlorhydrique à la main, dans le premier roman de la tétralogie. Tel ce voyage de retour à l’île d’Elbe où le couple reconstitué part assister aux obsèques de l’homme gardien de la maison familiale de Marie. Un nuage de fumée recouvrant l’île, dû à un incendie d’origine probablement criminelle d’une usine de chocolat.

            Jean-Philippe Toussait reste un narrateur hors pair sachant donner corps aux drames les plus intimes. Ceux où la vie bascule, s’échappe d’avoir été trop bridée. Nue est peut-être moins le portrait d’une femme ayant été aimée que celui d’une existence toujours aux abois, livrée à la force irrépressible d’un destin que l’on ne voit pas arriver et qui pourtant nous écrase. Il est des séparations dont on ne se remet pas. Des drames familiers dont on subit toujours l’onde de choc. La littérature telle que la pratique avec excellence Toussaint est cette aire de jeu où le pire côtoie toujours l’incongru, le fantasque. Où les lignes les plus droites déraillent toujours un peu. Livrée aux hasards objectifs d’une narration sans cesse bondissante, l’existence des héros de Toussaint est un affreux drame divertissant.

 

                        Jean-Philippe Toussaint, Nue, Les Editions de Minuit.

La vérité sur l'amour

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