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Blog littéraire.


La vie dans les plis

Publié par olrach sur 15 Janvier 2014, 14:01pm

 

            Réparer les vivants est le récit haletant de la transplantation cardiaque d’un jeune homme décédé au cours d’un accident de la circulation. La vingtaine, d’une beauté éclatante, Simon Limbres est surfeur. Il aime se lover dans le pli des vagues océaniques. Il est amoureux de Juliette. Ses parents, Sean et Marianne, vivent séparés. A partir du constat de décès, la mécanique narrative s’accélère et relate au lecteur, en une écriture tour à tour combative et contemplative, les phases présidant à la décision d’ôter à Simon ses principaux organes vitaux et de transplanter son cœur à la place de celui défaillant d’une quinquagénaire dont la vie est aux abois.

            Ni don ni échange, ce transfert met en lumière les liens secrets qui unissent la mort à la vie. Maylis de Kerangal se glisse avec une précision à la fois clinique et quasi sacrée dans les interstices de ce qui passe et demeure, de nos vies à trépas. Avant d’être transplanté, ce cœur, conservé temporairement comme une relique et dont les battements demeurent toujours une énigme, semble relier les destins de chacun des personnages de ce roman bouleversant. De cette jeune infirmière, Cordelia Owl, qui après avoir retrouvé son amant, en une étreinte furtive, ne vit plus que dans l’attente d’une vibration téléphonique. De Thomas Rémige, jeune infirmier coordinateur des prélèvements d’organe, ayant une passion pour le chant et les oiseaux, parti il y a peu en Algérie recueillir un chardonneret dont la fragile beauté est comme la métaphore de tout le roman.

            Que reste-t-il de nos amours, disait une chanson ? Que reste-t-il, dans nos sociétés aseptisées, ayant mis à distance la mort dans un spectacle permanent de l’angoisse médicale et de l’urgence à dépenser sa vie coûte que coûte, que reste-t-il encore de nos cœurs qui vibrent, moins à l’unisson que de plus en plus isolés, dans l’attente inquiète d’un transfert vers cet autre – ce qu’on nomme encore l’amour, n’est-ce pas ? « Enterrer les morts et réparer les vivants » écrivait Tchekhov dans Platonov, réparer nos blessures narcissiques et insuffler la vie au cœur même du chaos, nous écrit magistralement Maylis de Kerangal dans un roman à lire en urgence !

 

            Maylis de Kerangal, Réparer les vivants, Editions Gallimard, Collection Verticales.

La vie dans les plis

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