Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

olrach.overblog.com

olrach.overblog.com

Blog littéraire.


Français de branche

Publié par olrach sur 31 Août 2015, 09:15am

 

            Ambitieux, Michaël Ferrier se situe dans la lignée des mémorialistes qui, du cardinal de Retz à Saint-Simon, ont révélé les coulisses de la Fronde ou les méandres du règne de Louis XIV. Mais avec humilité, l’auteur du remarqué Sympathie pour le fantôme dans lequel il s’intéressait notamment à la figure de Jeanne Duval, jeune réunionnaise dont Baudelaire fut épris, s’intéresse ici à la figure de son grand-père, Maxime Ferrier, né à l’île Maurice d’où il s’exila comme s’exilent ceux qui veulent sans cesse renaître à la vie, pour Madagascar. Est-il citoyen britannique, français, malgache ? On ne sait trop. L’île Maurice ayant été sous domination britannique avant d’acquérir son indépendance, de même que Madagascar fut une colonie française. Un grand-père métis, de sang mêlé, à l’identité fluctuante c’est-à-dire ne se bornant pas au fichage national dans lequel le régime de Vichy qui s’annonce deviendra expert. Français de branche plutôt que français de souche ; ce bois mort, inerte, sans vie. « Ils croient qu’ils sont heureux parce qu’ils sont immobiles » se dit à lui-même le narrateur, en contemplant avec hébétude ses contemporains.

            Tout commence pour Maxime Ferrier à Mahajanga, la cité des Fleurs, où il est engagé en tant qu’acrobate dans un cirque appartenant à une italienne fantasque, madame Bartolini, dont on se demande inutilement si elle ne serait d’ailleurs pas américaine. Les spectacles qu’elle propose sont dignes de la monstrueuse parade de Tod Browning, une femme à barbe côtoyant un homme à tête d’épingle ou deux Vénus voraces. Puis, la directrice disparaît à son tour, sans laisser de trace. Les artistes en sont pour leurs frais. Arthur Dai Zong, le compère acrobate de Maxime part tenter l’aventure à Antananarivo, la capitale, que les colons soucieux d’aseptiser le langage lui-même baptiseront Tananarive. Maxime, de son côté, se lance dans les affaires. D’un petit commerce, il finit par gérer l’exploitation de terres détenues par les colons, s’enrichit puis épouse Pauline, la grand-mère de l’auteur qui découvrira néanmoins la double vie d’un grand-père riche en couleurs.

            Michaël Ferrier excelle à décrire une île luxuriante, escarpée, le cimetière marin où Maxime est enterré aux côtés de son ami Arthur disparu en mer et d’une tombe apparemment vide dont l’épitaphe mystérieuse finira par être élucidée par le narrateur, en fin de roman. Mais le projet de ce mémorialiste d’outre-mer est beaucoup plus vaste et exaltant. Il s’agit de rappeler à une France repliée sur elle-même, non sans arrogance, que ses limites dépassent les frontières de l’Hexagone, que sa mémoire aussi est riche moins de son passé colonial que du destin de tous ces hommes et femmes, qui de la Martinique à la Réunion, en passant par Madagascar ou le Sénégal, ont contribué à rendre notre histoire, une histoire riche, plurielle et n’en déplaise aux thuriféraires d’une identité qu’ils croient malheureuse, métissée.

 

              Michaël Ferrier, Mémoires d’outre-mer, Edition Gallimard, collection « L’infini ». 

Français de branche

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents