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Blog littéraire.


L'au-delà de la raison ou une odyssée du savoir

Publié par olrach sur 28 Juillet 2016, 15:53pm

Un homme erre dans les couloirs d'un hôpital psychiatrique. Il reçoit la visite d'un médecin interne, d'une infirmière. Il se souvient, par bribes, d'un passé qui revient hanter un présent désorienté, quand il ne donne pas l'impression de se confondre avec lui. Deuil d'un ami qui s'est jeté du septième étage d'un immeuble, séparation amoureuse. Le vent souffle fort. La neige bientôt viendra plonger la ville dans un silence inconsolé. Il se souvient de bribes aussi de phrases, morceaux éparpillés d'une réalité impalpable. De ce que son ami Abergam appelait "la claudication du monde psychique derrière la réalité."

Cet homme est libéré, errant alors dans une ville de plus en plus sous la menace d'une tempête de neige. Il trouve refuge dans un café, un bordel et enfin, une église où il retrouve, officiant en prêtre, son ami Isaiah McGahern. Des manifestations se préparent, au dehors, pour s'opposer à la hausse des prix des matières de première nécessité. Un chef d'entreprise est retrouvé criblé de balles. Violence du social sous toutes ses formes. Irruption brutale et incontrôlée du réel dans ce qu'il a de plus intangible. "L'irrationnel, écrit Emmanuel Moses, est non pas l'envers mais l'au-delà de la raison". Un au-delà indiscernable qui se refermera comme un piège sur le protagoniste qui s'apprêtait, enfin, à rejoindre sa demeure.

Cette errance vagabonde et angoissée est à sa façon une nouvelle Passion du Christ. Une montée haletante vers le cœur du sacrifice. Une traversée des apparences et des passions humaines, des leurres qui gouvernent nos vies. Avec en filigrane cette intuition ultime que la connaissance du bien et du mal est plus importante que la foi ou toute autre forme de croyance. Réécriture de la Passion mais surtout traversée hallucinée de l'Ancien Testament et du roman éblouissant de Joyce, Ulysse.

Le protagoniste de Ce jour-là, s'il serait simplificateur de le rapprocher de la figure du juif errant, porte malgré tout en lui une tristesse indécidable et la quête irraisonnée d'un absolu qui se confondrait avec le savoir. Le sermon du prêtre-prophète de cette vérité par définition jamais acquise sur lequel s'achève pratiquement le récit n'évoque pas, par hasard, le motif du jardin. Moins le jardin d'Eden que ce lieu de la formule où la désolation la plus grande arrive malgré tout à regarder la vérité du savoir en face. Un jardin qui est donc "une parcelle de cette nature qui inspire la tristesse". Conscience irréductible de la fin sur une toile de fond purifiée par une neige qu'on imagine être l'allégorie de la paix de l'âme.

"Guide my feet, hold my hand / Take my hand, precious Lord, lead me home".

Emmanuel Moses, Ce jour-là, éditions Gallimard, collection "L'Infini".

L'au-delà de la raison ou une odyssée du savoir

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