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Blog littéraire.


Soleil noir de la prose

Publié par olivier rachet sur 23 Août 2016, 14:04pm

 

      Une chambre en bord de mer. Un homme et une femme se retrouvent après avoir passé un contrat. Pendant plusieurs nuits, la femme viendra coucher avec l’homme qui lui monnayera ce service. La simplicité de la trame narrative est à l’image du dispositif énonciatif. L’homme est désigné par un « vous » qui le maintient dans une proximité et un éloignement paradoxal. Il est l’amant auquel on rend visite, celui que l’on attend de rencontrer, le soir venu. La femme est désignée par un « elle » presque impersonnel. Leurs échanges se réduisent à la portion congrue. Elle peine à nommer le mal dont son amant souffrirait. Les liens entre les personnages, qui sont davantage ici des figures romanesques, des ombres fantomatiques, sont parfois évoqués au conditionnel comme si la possibilité même de l’échange était en jeu.

 

      Selon les mots de son amante, l’homme souffre de la « maladie de la mort ». La mort vit en lui sa vie et anesthésie la possibilité même de l’amour. Chaque être est renvoyé à l’absolue solitude qui est la sienne. L’impossibilité de tout rapport sexuel atteint ici sa démonstration la plus sensible. Non que ces amants ne goûtent à ces plaisirs dont Colette disait qu’on les nommait, « à la légère, physiques » mais c’est le principe même du plaisir qui se heurte à la réalité dépressive de la solitude. On est aux antipodes de l’hédonisme de Colette et cette « maladie de la mort » dit bien les ravages du narcissisme qui se noie dans la contemplation médusée de ses propres blessures. Les ténèbres de la dépression, qui n’est peut-être que l’autre nom de la dépréciation de soi, laissent alors émerger la possibilité même du meurtre dont Marguerite Duras éclaire, comme dans Moderato cantabile, la part de haine de soi qu’elle enferme.

 

      « Vous demandez comment le sentiment d’aimer pourrait survenir. Elle vous répond : Peut-être d’une faille soudaine dans la logique de l’univers. Elle dit : Par exemple d’une erreur. Elle dit : jamais d’un vouloir. »

 

       Le théâtre peut, dans sa nudité absolue, faire entendre ce silence qui sépare les êtres les uns des autres. Mais l’auteur semble, en postface de ce roman troublant où le sentiment d’échec le dispute à l’improbable sublimation, privilégier une adaptation cinématographique. Où l’on verrait en surimpression la blancheur immaculée des draps se fondre avec le retour angoissant des vagues. Une obsédante défaite.

 

                    Marguerite Duras, La Maladie de la mort, Editions de Minuit.

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