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Blog littéraire.


Politique du détachement

Publié par olivier rachet sur 4 Septembre 2016, 08:20am

      Tout entier art. Sollers, l'irréductible, invite son lecteur à un voyage d'une érudition inouïe et voluptueuse à la fois. Le roman met en scène un narrateur anonyme, adepte du tir, c'est-à-dire de la faculté à faire surgir, au milieu du chemin de l'enfer et des ravages ininterrompus car trop humains, l'étincelle absolue du Temps, l'étoile fixe des amants, la combustion solaire, la rotation permanente des mots qui tournoient dans les siècles des siècles.

      Laissant les parasites du spectacle se repaître de leur passion intime du ressentiment et prospérer sur la misère de la poésie, vécue comme le vide de la parole elle-même, la Bête littéraire la moins immonde qui fût, fait advenir la parole dans ce qu'elle peut avoir de plus singulier. Résonnent alors comme autant de preuves de l'existence réellement vécue, les sensations flamboyant dans leurs correspondances et leur flash résurrectionnel et insurrectionnel à la fois, les noms, le Verbe, les mots ouvrant le cœur du Paradis terrestre. L'entendement humain, qui voit la raison se confondre avec l'acuité auditive la plus intense et la plus fragile, a nom Rimbaud et ses vertiges hallucinatoires de lettres, Céline, Proust, Dante et sa célébration du cœur absolu de l'amour qui fait se mouvoir les étoiles et le soleil. Lautréamont, Bach, Claudel, Lao-Tseu, Lawrence ou Johnny Dodds. Ces voyageurs du Temps ont eu la raison pour guide et l'éternité pour complice. Si la réalité humaine est policière et fictive, toujours artificielle, l'existence authentique réside quant à elle dans le détachement absolu que Maître Eckart prônait déjà.

      La clef des guerres, des dépressions, des récessions, des crises financières, des massacres à la pelle, de l'enchaînement des attentats, de l'épouvantail même de la mort si risible, cette clef est musicale et métaphysique. Sollers n'en découdra pas mais le vrai, le beau, le bien, le Paradis quoi ! sont bel et bien à notre portée, à la mesure de l'expérience même de l'Etre. Silence éternel. Moteur des étoiles, du soleil et de la dérive des continents. Fondu enchaîné sur un embarquement pour Cythère. Le Temps sera retrouvé. Il ne passe pas, pauvres mortels, il surgit en perpétuel recommencement, sous les doigts de ceux qui savent le faire jouir.

      Ils pensaient que j'étais un instrument, ils vont découvrir que je suis une partition.

 

                           Philippe Sollers, Les Voyageurs du Temps,Editions Gallimard. 

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