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Blog littéraire.


A la fin il reste l'âme

Publié par olivier rachet sur 20 Novembre 2016, 15:56pm

      Trente ans ont passé. Un homme et une femme s’étaient perdus de vue. Elle a embrassé une carrière artistique, lui est un des écrivains français au tempérament poétique le plus profond ou le plus aérien. François Cheng répond, en une série de sept lettres, à cette connaissance retrouvée qui lui demande ce qu’est l’âme. « Sur le tard, lui écrit-elle, je me découvre une âme. Non que j’ignorais son existence, mais je ne sentais pas sa réalité. »

     Fort de ses nombreuses connaissances philosophiques et poétiques, l’auteur lui répond en revenant tout d’abord sur cette dichotomie fort discutable entre l’esprit et le corps, héritage d’un rationalisme dont on ne mesure pas toujours la force de frappe. En passant, François Cheng neutralise cet esprit du temps présent qui se gausse de tout, se pensant l’héritier d’une ironie voltairienne détruisant tout sur son passage. « Au fin fond de notre être, nous savons que la vie, surtout pour ce qui est de la vie humaine, n’est pas dans le fonctionnement aveugle de ce qui existe, mais implique toujours un élan vers une possibilité d’être plus élevé. »

     Qu’est-ce que l’âme? Quel est ce principe qui anime à la fois notre corps et notre esprit, l’un n’étant que l’enveloppe charnelle de l’autre mais les deux principes n’arrivant pas à épuiser ce qui en nous éveille le désir, le chant, l’amour? François Cheng observe qu’il est un principe invariable : le souffle vital. La pensée indienne le nomme Aum qui résonne si étonnamment avec notre âme, la pensée chinoise Qi, la pensée hébraïque Ruah, la pensée arabe Rûh et les grecs Pneuma. Ce souffle est un rythme, une vibration avec laquelle chaque être est susceptible d’entrer en résonance. « L’esprit raisonne, l’âme résonne » formule, non sans espièglerie, l’auteur.

    Si les philosophies et les religions ne suffisent pas, à elles seules, à définir ce qu’est l’âme, c’est qu’elles échouent à traduire ce principe moteur à l’origine de tous les phénomènes, aussi bien de la nature que de notre psyché. Ce rythme du monde qu’approchent parfois les poètes, les musiciens, les photographes. De l’âme n’est pas qu’un traité savant cherchant à circonscrire une notion ensevelie sous les décombres de systèmes de pensée par essence toujours inachevés, il est un chant d’amour que le poète adresse à la fonction de sublimation de l’oeuvre d’art. Citant Simone Weil, François Cheng rappelle que l’un des droits les plus inaliénables de l’être humain est de trouver en lui et dans la contemplation esthétique la clé pour aider à l’accomplissement de son désir : « L’âme a des besoins, et, quand ils ne sont pas satisfaits, elle est dans un état analogue à l’état d’un corps affamé ou mutilé. »

     Toute la beauté de ce texte d’une rare densité poétique réside sans doute dans les passages autobiographiques dans lesquels affleure la présence toujours sourde d’une menace pesant sur chacun de nos destins individuels. Qu’il s’agisse de la guerre ayant contraint, adolescent, l’auteur à fuir son pays; des cataclysmes intimes ou du péril politique toujours à l’affût d’asservir les êtres à une volonté de domination ravageuse, le prix d’une vie se mesure toujours au miracle par lequel on arrive à s’affranchir des contingences pour s’élever à ce que, faute de mieux, on appellera une sainteté symphonique.

         François Cheng, De l’’âme, Editions Albin Michel. 

A la fin il reste l'âme

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