Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

olrach.overblog.com

olrach.overblog.com

Blog littéraire.


Mordre la crinière de l'horizon

Publié par olivier rachet sur 27 Avril 2017, 08:37am

      Le poète Hawad est amajagh, « c’est-à-dire touareg pour les étrangers, précise Hélène Claudot-Hawad, dans la préface de l’anthologie que publie la collection Poésie des éditions Gallimard. Né en 1950 dans l’Aïr, massif montagneux du Sahara central, il appartient à la confédération des Ikazkazen dont le vaste territoire est aujourd’hui engoncé entre les bornes du Niger qui le séparent de ses ports d’attache touaregs en Lybie et en Algérie au nord, au Mali et au Burkina Faso à l’ouest. »

    Cette présentation succincte de l’auteur de Furigraphie dit bien l’appartenance à un peuple sans Etat, dont le patrimoine est essentiellement immatériel. Le nomadisme et l’errance comme modes de vie, la puissance du verbe et de l’imagination comme uniques patries. Au détour des lignes, il est question de Palestine ou du Kurdistan, de ces territoires aux âmes vives sans organisation politique : « Chicana, / tourne à présent ton regard / vers les montagnes du Kurdistan, / chicana, épouse le regard désespéré / de cet enfant condamné / par les Nations unies / à être le fumier de la Mésopotamie, / du pays de Cham et de l’Anatolie orientale. »

      Une anthologie est bien peu même si elle arrive à faire entendre, en une polyphonie souvent jubilatoire, les paroles de ces « gens du turban » que le poète oppose aux « gens du drapeau ». On croise Tamajaght, gardant « ses chèvres / sur les dunes lissées par le vent », le poète Kokayad et son compagnon Porteur-de-la-Nuit, Awjembak le forgeron. Si « l’antique royaume figé / des dunes n’est plus », demeure l’horizon en ligne de mire, la lumière toujours en joue. Hawad excelle à peindre un territoire à rebours des clichés orientalistes où l’horizon se dérobe à perte de vue, où le feu du regard s’embrase à chaque rayon de lune :

       « Le crépuscule / étirait l’horizon jusqu’aux gencives / incolores du vide.        Mort de la lumière, / jaune rouge aplatis et âpres, râle du silence, / écho assourdi par les crissements du sable, / désert. »

      Poésie de combat chantant l’épopée d’une lutte contre les puissances coloniales d’hier et d’aujourd’hui : « Dans le désert des Touaregs, / il y a de l’or, du pétrole, du charbon, du gaz / et l’épouvantable uranium » que la compagnie française Areva exploite, sans vergogne, depuis une quarantaine d’années dans la région natale du poète, au nord du Niger. Une langue neuve comme force de frappe. Hawad mobilise au premier chef l’alphabet touareg des tifinagh qu’il a vocalisé afin de faire de sa langue, la tamajaght, une arme tranchante. La métaphore a déjà servi ? Qu’à cela ne tienne, on la détournera de son usage, on la fera dégorger des clichés qui l’emprisonnent. Les mots peuvent bien rendre l’âme s’ils arrivent à dire toute la violence subie par les corps. Le poète s’est occupé lui-même de traduire en français, en compagnie d’Hélène Claudot- Hawad, ses propres textes dans lesquels résonne un martèlement prosodique qui n’est pas sans rappeler parfois les rythmes « tam-tam » d’Aimé Césaire :

     « Nous anticipons la nouvelle / le retour du non-temps / éruption de la danse éolienne / de l’aigle / danse guerrière de l’aigle / qui ne revient sur ses traces / qu’une fois arrachée / de terre sa proie / pollen poussière »

      « Ecriture et parole / furigraphiques / je tague un territoire / qui me restitue / les arcs et les flèches / axes tous azimuts / des visions fiévreuses du futur / et de mes rages anciennes »

      Hawad parle de « surnomadisme » pour désigner ce point d’intersection entre le dicible et l’indicible, où la poésie se fait démesure, affranchissement des règles et conquête rythmique. Automatisme ethnique pur par lequel on se propose, soit verbalement soit visuellement soit par tout autre moyen, de révéler le fonctionnement vibratoire de la pensée. « Plume fusil / braquée à bout portant / sur la tempe de l’oubli ». Face à l’orchestration amnésique opérée par le spectacle de la disparition programmée des cultures immatérielles, il faut aussi entendre marteler la voix de Hawad, dans sa singularité polyphonique et son combat prosodique :

     « Quelqu’un a-t-il été peiné / par la destruction des écritures, art / et cosmovisions touaregs ? / Aucun chien n’a jappé. La douane / de l’émotion et de l’imaginaire passe / sans rien voir ni entendre, / hormis Tombouctou et ses manuscrits d’hygiène / de la charia et de l’imam Malek. »

      Hawad, Furigraphie, Poésies 1985-2015, éditions Gallimard,     Collection « Poésie ». 

Mordre la crinière de l'horizon

Commenter cet article

Angeline 27/04/2017 14:58

j'aime me promener ici. un bel univers. vous pouvez visiter mon blog.

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents