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Blog littéraire.


L'art policier du roman

Publié par olivier rachet sur 18 Février 2018, 16:24pm

    Il y a bel et bien une patte propre aux éditions de Minuit, à mi- chemin entre la jubilation oulipienne de constructions romanesques défiant tous les possibles narratifs et la perpétuation nostalgique d’expérimentations linguistiques, marquées le plus souvent par le sceau de l’humour. Jean Echenoz, passé maître dans l’art de combiner les codes du roman policier ou du roman d’espionnage avec les particularités visuelles et sonores du langage cinématographique, en reste l’un des meilleurs représentants.

    Pas de doute, Vincent Almendros s’inscrit bien dans cette école, lui qui se réclame volontiers du romancier de Les Grandes blondes et d’Envoyée spéciale. Son troisième roman, Faire mouche, débute comme une histoire singulière : « J’avais été, jusque-là, un homme sans histoire » commence par écrire un narrateur, lorsqu’il retourne dans son village natal de Saint-Fourneau. Il est accompagné d’une étrange jeune fille, qui répond aux deux prénoms de Claire et de Constance. Bivalence dont on se demande si, comme dans les meilleurs films d’Hitchcock ou de David Lynch, elle ne renvoie pas au fond à la même figure. Ce couple, qui n’en est pas un, s’apprête à assister au mariage de l’une des cousines du narrateur, Laurent, qui retrouve pour l’occasion sa famille, ou ce qu’il en reste : une mère acariâtre, un oncle agonisant, une cousine rêvant de faire exploser les secrets de famille, dont on se demande bien s’ils ne sont pas autant de pétards mouillés, de fausses pistes que tout roman policier aime disséminer çà et là.

    Le protagoniste n’a rien de l’enfant prodigue retournant au bercail. Seule la pensée de la femme qu’il vient de quitter ou qui viendrait de le quitter, Constance, occupe son esprit. Tel Oreste, le héros de la pièce de Sartre évoquée en épigraphe, le personnage principal, dont on apprend que sa mère aurait tenté jadis de l’empoisonner, a toutes les qualités d’un héros matricide. Ce milieu paysan qui n’est plus le sien, cette famille recomposée et incestueuse, ces non-dits douloureux de ceux qui ne font qu’attendre la mort — la leur avec résignation, celle de leurs proches avec envie – tout l’oppresse et contribue à renforcer une atmosphère romanesque toujours plus angoissante. Comme autant de gros plans en caméra subjective, le regard du protagoniste se focalise sur des détails saugrenus et morbides : des mouches mortes, le cadavre en putréfaction d’un chien trouvé lors d’une promenade en forêt, le corps dépecé d'un lapin. Les Érinyes se manifestent toujours au détour d’un regard.

   D’une construction redoutablement efficace, ce roman renouvelle avec un certain brio les codes du roman policier et se joue des frontières génériques entre la tragédie, le récit naturaliste et la confession intime. La littérature comme exercice de style, pourquoi pas !

     Vincent Almendros, Faire mouche, éditions de Minuit.

Crédit Sam Taylor-Wood / A little death

Crédit Sam Taylor-Wood / A little death

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