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Blog littéraire.


Il faut partir

Publié par olivier rachet sur 9 Octobre 2019, 08:23am

    Un écrivain, la quarantaine, part s’installer dans la ville de V. où il retrouve un ami d’adolescence avec lequel il avait brutalement rompu. Cet ami surnommé « l’autostoppeur » vit désormais avec sa femme Marie et leur jeune fils Agustín. Sa passion de l’auto-stop ne s’est pourtant pas tarie, depuis toutes ces années. Sans prévenir, celui-ci prend la route et parcourt la France, pendant plusieurs jours voire des semaines. Il ne fuit rien, ne recherche rien d’autre que le contact avec ces êtres de passage qu’il photographie à l’aide d’un polaroid et dont il se souvient, non pas seulement d’avoir croisé leur chemin, mais d’un certain point névralgique qui fissure toute existence digne toujours d’être racontée. Alors que Sacha, le narrateur, vit dans l’immobilité de ses lectures, lui choisit la route et le mouvement pour découvrir les individualités dont le monde est constitué : « Est-ce que je t’ai raconté Alexandre, un étudiant d’Amiens qui m’a dit ben l’amour j’en reviens, là tout de suite j’en sors, enfin je sais pas si c’était l’amour, ça fait six ans qu’on se voit et j’ai l’impression qu’elle s’attache mais moi je sens toujours rien, peut-être qu’il faudrait qu’un jour j’arrive à lui dire. » Ce sont des pages d’écriture qui s’écrivent à chaque rencontre, qui portent en germe des livres à venir. De ces livres auxquels s’attache le narrateur, s’attelant à la rédaction d’un ouvrage qu’il pense intituler, en référence à Flaubert, La mélancolie des paquebots. Sacha est fasciné, comme beaucoup de lecteurs, par l’ellipse temporelle de L’éducation sentimentale qui peut tout aussi bien se lire comme un éloge de la lecture : « Il voyagea. Il connut la mélancolie des paquebots, les froids réveils sous la tente, l’étourdissement des paysages et des ruines, l’amertume des sympathies interrompues. » Il lut. Ces départs de l’autostoppeur conservent pourtant toute leur énigme, comme s’il s’agissait pour celui qui donne à son fils un prénom étranger de parcourir toute la distance qui semble le séparer d’un pays et d’habitants qui ne voudraient pas de lui. Ce roman envoûtant est aussi à lire comme une parabole dont la clé se trouve peut-être dans la rencontre fortuite avec le dernier bourreau de France dont la figure se perpétue aujourd’hui dans la distance toujours plus grande qui nous éloigne les uns des autres.

Sylvain Prudhomme, Par les routes, éditions Gallimard, Collection « l’arbalète ».

Crédit photo : Zakaria Aït Wakrim, série Irology, courtesy.

Crédit photo : Zakaria Aït Wakrim, série Irology, courtesy.

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