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Blog littéraire.


Le soleil de mes souvenirs

Publié par olivier rachet sur 26 Décembre 2020, 17:23pm

   Cet affreux principe de réalité. Bien avant Freud, Balzac découvre que celui-ci s’oppose moins au principe de plaisir qu’au processus même d’idéalisation et, au fond, à l’esthétique dans son ensemble. Seul Baudelaire aura condensé en un titre oxymorique ce combat acharné entre deux principes antagonistes. Ces Fleurs du mal, il en est question dans toute la littérature du XIXème, de l’absente de tout bouquet dont parle Mallarmé aux métaphores érotiques florales qui décriront mieux que tout les amours homosexuelles chez Proust. Des fleurs, il en est question dans ce roman peu connu de Balzac, Béatrix qui fait signe, moins du côté de Guermantes, que de celui de Dante et sans doute aussi de Pétrarque. « Que manque-t-il ? », demande l’épouse de Calyste du Guénic, héros du roman, face à la mauvaise humeur de celui-ci. « Des fleurs », lui répond-il tout simplement, c’est-à-dire des femmes. Des êtres de chair et de sang, des arômes, des corps qui s’ouvrent voluptueusement.

   Pour ce jeune homme de bonne famille, originaire de Bretagne, le cœur balance entre deux femmes : Madame des Touches alias Camille Maupin, une dame du voisinage, inspirée de l’auteure George Sand, que ce jeune baron idolâtre ; et Madame Béatrix de Rochefide dont on ne sait si elle se joue de son soupirant ou de son hôte, l’accueillant quelques jours en sa demeure. L’amour de tête dont Stendhal a montré la puissance orgueilleuse et conquérante ne serait- il que l’apanage des oisifs ? Le désir mimétique n’est-il que l’avatar des ambitions autour desquelles s’organise la vie mondaine ? Les héros de Balzac, et notamment les héroïnes, se glissent souvent comme des pestes dans les projets amoureux de leurs semblables. Balzac fut romantique et s’il embrasse, après avoir cédé aux sirènes de la poésie, l’aventure romanesque, c’est pour assister, impuissant, à l’anéantissement du principe d’idéalisation.

   « La destruction fut ma Béatrix », écrivait Mallarmé. C’est sur l’autel de ce sacrifice sanglant qu’émerge le principe de réalité et avec lui le genre romanesque dit réaliste. « Nous avons des produits, nous n’avons plus d’œuvres », écrit le narrateur en ouverture du roman : tout comme Camille confie que Calyste est devenu « le soleil de ses souvenirs », le roman balzacien est cet astre mort qui témoigne de la mort de la poésie. « Plus de Dieu dans le ciel ! plus d’amour sur terre, plus de vie au cœur, plus rien... Je ne sais s’il fait jour, je doute du soleil... », clame de son côté l’épouse de Calyste, se sachant trompée. Au sublime a succédé la réalité rugueuse du roman à étreindre ; Balzac y sacrifiera sa vie...

Honoré de Balzac, Béatrix, 1839, Classiques Garnier

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