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Blog littéraire.


Lis tes ratures !

Publié par olivier rachet sur 20 Février 2021, 08:48am

 

    L'esprit dada ne meurt pas. On se souvient du néologisme forgé en son temps par Denis Roche parlant de mécrit afin de radicaliser les avant-gardes et jeter un pavé dans la mare des théories structuralistes ou post-structuralistes et consorts. Beaucoup ont cédé – avec ô combien d'inventivité et de dépense improductive, c'est-à-dire de jouissance absolue – aux sirènes de l'écriture textuelle. Chaque génération ne cherche-t-elle pas à dépoussiérer la précédente, à tuer le père-vers littéraire dans l'œuf ? Dadaïstes, futuristes, constructivistes, surréalistes, oulipiens, terroristes ! Jean-Pierre Bobillot lui-même dont les éditions Tinbad publient en ces temps de franche rigolade Dernières répliques avant la sieste (notes sur le risible – II & III) ne semble pas être totalement revenu de la rencontre sur une feuille blanche de papier – mais quid du traitement de texte grands dieux ! rétrograde, assassin ! – de l’esprit potache du père fouettard dadaïste et de l’esprit mathématicien risible de l’Oulipo. Quoi donc ? La littérature pourrait aussi être un jeu. « Écrire, répond Bobillot, c’est une certaine manière de se méfier. [...] Écrire est un délit. »

    L’ouvrage revisite l’histoire avortée de la littérature, à travers détournements burlesques, plagiats inachevés, contrepèteries, hapax, jeux de mots grivois ou grotesques dans une fatrasie verbale et visuelle des plus jubilatoires. On sait depuis Freud combien le mot d’esprit fait tache, fait mouche, bref qu’il anéantit durablement l’esprit de sérieux qui toujours nie : « démagogie médiatique souffler le show et l’effroi », « phrase mal citée “ – je ne cherche pas je trou e !” » Notes prises au petit bonheur la chance pendant une trentaine d’années, ces textes incisifs et drolatiques esquissent aussi une théorie implosive de la chose littéraire ; théorie dont on sait depuis Sollers qu’elle est avant tout une fête de tous les sens ! Mécrire, alors qu’est-ce ? C’est se méprendre, se récrier, se maudire. À la question de savoir si Bobillot est un écrivain maudit, celui-ci nous répond : « Qui ne maudit ... consent ! »

    Dans des pages réjouissantes entremêlant écriture et dessin, innovations formelles et révolutions de l’esprit, l’auteur déclare ouvert le feu de joie de la littérature. Des vers de Baudelaire, Rimbaud ou d’Heredia se devinent parfois aux côtés d’extraits de manuels de sciences naturelles et flambent dans leur disparition élocutoire. C’est à Lautréamont que l’on songe souvent, aux poésies d’Isidore Ducasse ayant démontré une fois pour toutes la réversibilité de tout discours. La littérature vous apprend à vous méfier, faut-il le répéter ? Je trouve cet esprit de dérision d’autant plus salutaire qu’il envoie valser aussi les déclarations de principe et autres professions de foi dont regorgent aujourd’hui les journaux et autres émissions littéraires. La littérature n’a que faire que vous vous prosterniez à ses pieds. Elle ne demande qu’à être branlée ! Au suivant !

Jean-Pierre Bobillot, Dernières répliques avant la sieste (notes sur le risible – II & III), éditions Tinbad

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