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Blog littéraire.


Blessures secrètes et gardes à vue.

Publié le 15 Octobre 2012, 12:48pm


            Au sens propre, le roman de Christine Angot, Les Petits, défraye la chronique. Pied de nez à tous ceux qui ne voient dans l'art de la romancière qu'élucubrations narcissiques et vaines. Autofictionnel, ce récit l'est pourtant en diable au sens où l'auteur fabrique sa propre aventure qu'elle nous renvoie, de manière implacable, comme le miroir déformant du délitement social, affectif, familial qui est aujourd'hui le nôtre.
            Avant d'entrer en scène, dans le dernier tiers du roman, la narratrice relate, à coups de sabre aiguisés, comme autant d'entailles fracturant des êtres de chair qui ne savent plus où siègent leurs sentiments et leurs affections, la tension conflictuelle qui, sans crier gare, éloigne deux êtres, l'un de l'autre. Lui, musicien martiniquais, l'âme en peine mais heureux d'être en vie, marqué par la couleur de sa peau et son appartenance à un groupe ethnico-social auquel il n'avait jamais songé appartenir. Exclu des regards et marginalisé par la toute-puissance dominatrice d'une femme avec laquelle, il s'était mis, sans trop y réfléchir, en ménage et avec laquelle il avait eu quatre enfants. Ils mènent une vie qui aurait pu être celle d'une famille, n'était le ravage causé de part et d'autre par des blessures narcissiques, des préjugés enfouis qui la voit, elle, regretter de ne pas avoir été séduite, plutôt, par un étalon. Quelle est la mesure de nos affections et de nos désirs ? L'écriture acérée d'Angot, qui passe au scalpel, dans un rythme lancinant, à un tempo allegro destructeur, l'irréversible déchirement de ce couple, apporte une réponse qui évacue toute dimension psychologique.
            L'union impossible de deux êtres devient alors l'image inversée d'une société ayant sacrifié le groupe  - couple ou famille – au profit d'un culte exclusif du moi qui n'a paradoxalement de cesse d'être refoulé. Lui se retrouve, à plusieurs reprises, en garde à vue, côtoyant ses alter ego dont la marginalisation constitue un déni de tout sentiment de culpabilité à l'encontre de ces immigrés, sous-employés, de ces autres qu'un culte lui aussi narcissique d'une patrie à l'identité faussement immuable ne fait que protéger de nos vues.
            Le procès de narcissisme dont Christine Angot reste encore victime repose sur une dénégation toute aussi grave et exaspérante.Celui d'atteinte à la vie privée traduit un climat délétère de terreur morale qui, en son temps, fit condamner Baudelaire dont les amantes vampirisées doivent encore se retourner dans leur tombe! Qui ne voit pas la dimension éminemment politique des ces récits brûlants qui martèlent la déterritorialisation dramatique des relations amoureuses, la reconfiguration impossible d'un espace où les différences entre hommes et femmes, noirs et blancs, première deuxième troisième générations, se résorberaient dans la promesse amoureuse d'un échange ininterrompu, celui-là ne connaît pas son siècle. J'ai mal à mon pays, j'ai mal à mon cœur, qui saignent, nous murmure Angot, de mille plaies. Romantisme ? si vous voulez, si l'on y voit l'expression sans compromis aucun d'une révolte libératrice contre l'état social !

Christine Angot, Les Petits, Edition Flammarion.

Blessures secrètes et gardes à vue.

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