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Blog littéraire.


Ce qu'il en coûte aux mortels d'oublier le divin.

Publié le 15 Octobre 2012, 20:42pm

Réjouissons-nous au lieu de nous en attrister : la guerre est permanente et en plus, elle est divine, spirituelle par essence. Tout combat est un combat de l'homme contre des forces qui le dépassent et le confrontent à sa finitude qu'il ne veut plus voir désormais, hallucinés que nous sommes par la croyance dépressive en notre propre image, par une foi aveugle dans les apparences et la certitude que la mort nous épargnera désormais. Or les apparences sont spectrales et devraient nous inciter à percevoir le réel avec nos sens plutôt qu'avec notre désir ou notre volonté de domination. A la volonté de puissance s'opposerait dès lors la puissance de la volonté de ceux qui osent encore se confronter au divin au lieu de le nier ou de vouloir s'y soustraire.
Ulysse tout d'abord, pourchassé d'île en île par Poséidon, affrontant les prétendants, c'est-à-dire ceux qui ont voulu usurper son nom même, en devenant époux de Pénélope. A Ulysse s'oppose le roi Penthée, déchiqueté par les ménades, parmi lesquelles figure Agavé, sa propre fille - démembré pour avoir douté de la divinité même de Dionysos. La leçon des grecs est terrible : les hommes sont agis par des forces qu'ils ne contrôlent pas mais qu'ils croient pouvoir dominer. Telle est l'erreur fondamentale de notre époque progressiste, c'est-à-dire sous l'emprise de la métaphysique et du rationalisme le plus barbare.
Quasi-contemporains des tragiques grecs et du divin aède, Homère, les grands penseurs chinois dont Sun Zi ont eux aussi conçu la dépendance humaine par rapport à un monde soumis à des changements permanents et incontrôlables si ce n'est en s'adaptant à la mutation même, en perpétuant la guerre que Sollers définit alors, pastichant Clausewitz, comme la continuation de la nature par d'autres moyens.
Ce qu'il en coûte aux hommes d'oublier le divin? L'éclairage apporté par Sollers se clôt sur la figure de Joseph de Maistre fustigeant le nihilisme protestant et sa soif de négation à laquelle s'oppose la Révolution catholique ou baroque, plus connue sous le nom faussé de Contre-Réforme, cherchant à affirmer la suprématie du divin sur fond de vide/plein créateur.
Réjouissons-nous, cette admirable leçon de spiritualité appliquée nous y invite tandis que continuent à se fourvoyer les illettrés puissants de ce monde, perpétuant de leur côté un état de guerre écoeuremment mortel. La guerre est éternelle, les sexes le savent et l'esprit seul peut l'affronter.

Philippe Sollers, Guerres secrètes, Carnets Nord.

Ce qu'il en coûte aux mortels d'oublier le divin.

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