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Blog littéraire.


Ces cancers qui nous rongent.

Publié le 16 Octobre 2012, 11:23am



Depuis L'Adversaire, Emmanuel Carrère s'intéresse aux destins qui basculent et met en lumière l'implacable logique invisible qui se résorbe en un anéantissement d'autant plus brutal qu'il était inattendu. L'inconscient est, entre autres, cette force tragique qui précipite une vie dans la débâcle mais aussi dans l'acharnement héroïque à vaincre ce qui nous emmure. A l'échelle de la planète, l'inconscient peut être ce tsunami qui dès les premières pages du roman dévaste de tranquilles paysages sri-lankais. Le narrateur et sa compagne, Hélène, auront la vie sauve mais les cadavres autour d'eux témoignent de la puissance invincible de forces qui à la fin, comme à tout moment, peuvent nous engloutir.

De retour en France, le couple affrontera la lente agonie de Juliette, la sœur d'Hélène, entourée des siens, de son mari et de ses trois enfants mais aussi d'Etienne, juge comme elle au tribunal d'instance de Vienne, réputé pour le combat qu'il mena tour à tour contre la maladie et des organismes de crédit plus ou moins véreux faisant crouler des familles entières démunies sous le diktat implacable de lois contractuelles exigeant des remboursements de crédits à des taux gigantesques.

Le récit croisé de ces destins met en lueur la vulnérabilité d'êtres qui est aussi la nôtre,que le narrateur découvre avec tendresse et effroi, comprenant que l'amour, seul, qui nous rend solidaire d'autrui, est à même de lutter contre les forces inexpugnables du destin, fût-il tapi en nos failles intérieures les plus intimes. Emmanuel Carrère compose un roman d'une grande harmonie désaccordée où l'évocation des blessures narcissiques met à nu l'être dans ce qu'il a de plus universel et tragique : sa fragilité face à la toute-puissance du Temps, surtout lorsque celle-ci s'incarne dans la promesse commerciale, devenue aujourd'hui la règle, d'un avenir meilleur et radieux. « La pire défaite en tout, disait Céline, c'est d'oublier, et surtout ce qui vous a fait crever. » Le roman est un des rares témoins héroïques contre toute forme de culpabilité ou de ressentiment. Il affranchit, seul, de la tutelle du Temps qui, lui, emporte tout sur son passage.

Emmanuel Carrère, D'autres vies que la mienne, Editions P.O.L.

Ces cancers qui nous rongent.

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