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Blog littéraire.


Cette folie qui rompt toutes les convenances.

Publié le 16 Octobre 2012, 13:08pm

Plongée en plein cœur des années d'après-guerre. Ballets permanents des gouvernements sous la quatrième République qui aboutira à la reprise en main du pouvoir en 1958 par le général de Gaulle, appelé à la rescousse en plein cataclysme algérien. Si le conflit colonial n'est pas au cœur de cette chronique palpitante, il n'en demeure pas moins le point de fuite à partir duquel s'organise la vie politique des années 50. De la guerre d'Algérie aussi sont sortis la cinquième République et les pleins pouvoirs conférés à son président en cas de crise majeure, une présidentialisation d'un régime encore aujourd'hui rétif à toute forme de démocratie participative et tenant le Parlement sous son œil acéré.

C'est en Algérie aussi que le protagoniste du roman, André Le Troquer, rencontre pendant la seconde guerre mondiale le chef de file de la Résistance, Alger étant devenu après Londres le siège de la France libre. Ce militant socialiste aguerri, auquel de Gaulle promettra un futur ministère des affaires étrangères qui finalement lui passera sous le nez, n'aura dès lors de cesse de gravir les échelons jusqu'à devenir président de l'Assemblée nationale, sous la présidence de René Coty, arrière-grand père de l'auteur. L'Histoire a retenu son nom pour le scandale ayant entaché les dernières années de sa vie.

Au centre du décor, le pavillon de chasse du Butard qui vit le jour sous la Régence, résidence secondaire de Le Troquer, ainsi que ses appartements privés situés rue d'Assas, à Paris. Par l'entremise d'un certain Merlu, ancien chauffeur travaillant au service de la DST, Le Troquer reçoit de jeunes filles mineures, mais dont l'ingénuité n'a d'égale que l'aveuglement de leurs parents les ayant laissé débaucher par un homme leur promettant rêves et paillettes. Attrait hypocritement condamné du vice auquel tout être se livre avec délectation. Benoît Duteurtre ne porte aucun jugement sur le fait divers mais, tout en repoussant la thèse du complot politique, montre l'acharnement médiatique occasionné par cette affaire de mœurs ridicule, la charogne publicitaire faisant office de pensée, le lynchage médiatique d'un homme ayant comme tout un chacun ses vices et ses perversions, étant devenu la forme suprême du jugement en politique. Puritanisme et démocratie de l'opinion auront encore de beaux jours devant eux : les victimes de l'affaire d'Outreau ou l'ancien maire de Toulouse s'en souviennent. Je ne crois pas à la vertu, affirmait Céline, je crois à toujours plus de vice, à bon entendeur !

Benoît Duteurtre, Ballets roses, Editions Grasset.

Cette folie qui rompt toutes les convenances.

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