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Blog littéraire.


Frère de lait de toutes les vagues de l'eau.

Publié le 16 Octobre 2012, 11:25am

Enquête sismographique décapante offerte par le roman de Michaël Ferrier. Un narrateur, professeur de littérature à l'Université de Tokyo, concepteur d'émissions télévisuelles, se lance dans la réalisation d'une biographie mosaïque afin de rendre compte, en la faisant imploser, de la spécificité de l'identité française. A l'Université, des colloques frénétiques enchaînent les clichés les plus poussiéreux qui voient les mémoires entrer dans une valse mimétique des rivalités. Observateur à l'ironie fracassante, le narrateur fustige cette hantise vertigineuse des origines qui sont, par essence, diffractées, multiples, centrifuges. Aussi brosse-t-il le portrait de trois de nos compatriotes dont l'oubli national a délibérément organisé la disparition.
Ambroise Vollard, amateur d'art originaire de la Réunion, colosse aux pieds ailés misant, dès la fin du XIX e siècle sur les toiles encore ignorées de peintres tels que Van Gogh, Cézanne, Matisse ou Picasso, les exposant, les défendant avec l'enthousiasme d'un visionnaire dont l'œil sait entendre le velouté des couleurs et des formes, prises sur le motif, éprises du tempérament dionysiaque de leurs créateurs. Jeanne Duval, belle d'abandon, chantée par Baudelaire mais dont la sensualité éruptive est ignorée des critiques et des soi-disant amateurs de littérature. Edmond Albius, enfin, jeune esclave lui aussi originaire de la Réunion ayant réussi l'exploit de donner naissance aux gousses de vanille grâce à un procédé de fécondation aujourd'hui encore utilisé. Trois fantômes constitutifs de l'identité nationale, trois individus ayant guidé leur vie sur la richesse foisonnante de leurs perceptions.
A la satire des milieux universitaire et médiatique se joint la virtuosité d'une écriture syncopée, cherchant à rompre le tissu bien trop rigide de l'Histoire d'un empire – douce France ! cher pays de décadence -désormais révolu et célébrant, dans une prose poétique faisant vibrer à l'unisson la mémoire vive de paysages et d'individus éblouissants, la grandeur d'un présent fécondé par un passé enfin assumé.

Michaël Ferrier, Sympathie pour le fantôme,  Collection "L'Infini" –  Ed.Gallimard.

Frère de lait de toutes les vagues de l'eau.

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