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Blog littéraire.


L'amour, l'exil.

Publié le 15 Octobre 2012, 20:00pm

Le Marché des amants explore les territoires délaissés du sentiment amoureux et dessine les figures de l'exil de soi, expérience contemporaine si peu radiographiée. A Brives, loin de son milieu parisien étriqué dont les jugements sont toujours péremptoires, la narratrice rencontre Bruno, alias Doc Gynéco. Ils se voient, s'aiment, se revoient, confrontent leur univers respectif et se retrouvent à la périphérie de l'image de soi qu'ils renvoient à leurs proches, parents ou amis. Lui, un chanteur populaire de rap, souvent raillé, investit l'appartement de l'auteur et bouscule le prêt-à-penser d'une rive gauche parisienne sûre de son droit inaliénable de jugement. Elle, une écrivaine rangée et solitaire, devenant tout à la fois égérie iconoclaste et figure de proue d'un homme en mal de sentimentalité fixe.
Loin des clichés people avec lesquels jouent cependant les protagonistes et des préjugés prétendant qu'au marché des amants, un noir vaut moins bien qu'un blanc, Christine Angot dresse la chronologie pointilleuse d'une histoire rythmée par les attentes et les étreintes, les silences et les sons que produisent les mots et les notes jetés en vrac sur le papier. Le phrasé du rappeur rejoint alors dans sa naïveté la mélodie solipsiste de l'auteur. Les mots d'amour peinent souvent à émerger mais lorsqu'ils se disent, ils se disent une seule fois. Le mal d'aimer n'épargne aucun personnage de ce roman où le sentiment règne en maître du jeu par son absence et sa difficulté même d'énonciation : ni Marc, ce père de famille satisfait de son bonheur familial qui harcèle la narratrice avec la tendresse puérile d'un adolescent attardé, ni Jocelyn, un ami de coeur de Bruno en quête éperdue d'un idéal qu'il sait désuet.
L'histoire qui nous est ainsi livrée, dans son urgence que n'épargne pas une certaine forme de monotonie spleenétique, est celle d'une déterritorialisation du moi amoureux. Celui qui aime, nous dit l'auteur, échappe toujours à ses angoisses, se déprend de son milieu toujours en soi sclérosant et découvre en l'autre une salutaire énigme. Si l'auteur radiographie un monde si lointain et si proche, dans lequel l'amour et l'offrande se sont égarés, elle ouvre aussi le chemin possible d'une réconciliation de notre civilisation - figée par le culte suprême du bonheur immédiat - avec ce je ne sais quoi qui fait encore vibrer les étoiles et chanter les oiseaux.

Christine Angot, Le Marché des amants.

L'amour, l'exil.

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