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Blog littéraire.


La clef de cette parade sauvage

Publié par olrach sur 9 Mars 2013, 15:55pm

 

 

            Dans son dernier roman, longuement attendu, Analphabètes, Rachid O. revient à la fois sur les figures ayant marqué ses dix dernières années et sur la situation toujours plus appauvrie de son pays natal, le Maroc. Des personnes ayant traversé son existence, celle de son père est la première à émerger. Sa bienveillance stricte avait été le point de fuite de ces premiers récits inoubliables que sont L’enfant ébloui et Chocolat chaud. Sa disparition permet à l’auteur de s’interroger sur son propre déracinement, sur ses propres attaches.

            A ce deuil s’ajoute celui de Gérard, assassiné par son amant marrakchi Slimane, sans raison apparente. Ce père que Rachid O. nous présente dès les premières pages en quête de sa terre natale, cet ami français exilé au Maroc, en quête d’une retraite paisible et éblouie par les charmes si peu fallacieux du royaume chérifien, sont à l’image de cette autre figure masculine, croisée par hasard par le narrateur, à l’hôtel Terminus des nomades de Marrakech. Assel, parti, par honneur pour sa famille, à la recherche de sa sœur, erre de ville en ville, un couteau dans son sac et cèdera aux pulsions masochistes d’un homosexuel européen, vivant au Maroc depuis trente ans, et dont le narrateur se demande pour quelles raisons il préfère être sadiquement torturé plutôt que d’apprendre la langue arabe dont il pense ne pas avoir besoin.

            Ce sont bel et bien des destins en fugue dont Rachid O. nous relate ainsi le parcours. Mais le paradis que chacun de ces personnages recherche avidement a des allures de croisière alanguies ; l’acculturation revêtant ici un visage des plus tragiques. Acculturation de Slimane aux mœurs toujours étrangères de son amant, de ces français toujours un peu en posture de dominants, à l’image de ce réalisateur quelque peu sadique dont le narrateur croise la route. A ces impasses de l’acculturation répond le repli identitaire et communautaire d’un pays n’ayant jamais vraiment fait le pari de l’alphabétisation et dans lequel l’éducation sacrifiée des pauvres constitue une bombe à retardement. Or, c’est bien dans cette capacité à lire en soi et à déchiffrer en les autres l’énigme que compose toute existence que réside la clef de cette parade sauvage sur laquelle se construit le roman. Analphabètes signe ainsi le retour aux sources même de l’inspiration d’un écrivain que l’on a plaisir à retrouver.

 

    Rachid O., Analphabètes, Editions Gallimard.

La clef de cette parade sauvage

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