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Blog littéraire.


Mais le vert paradis des amours enfantines...

Publié le 15 Octobre 2012, 12:02pm

Tout commence par un cliché. Le narrateur enfant et sa sœur Anne, sous l'ombre reposante d'un cèdre. La photo vise la mort et la peinture sonde le vif. Le narrateur devenu adulte a perdu sa sœur Anne, foudroyée par un cancer. Mais Sollers déjoue toute entreprise autobiographique, par nature mortifère, et se mesure, héroïque, au néant créateur. Le roman se place d'emblée sous les auspices des dieux, de ceux qui regardent vers l'intérieur, dans l'éclaircie de ce qui vient en présence. Les dieux grecs chers à Heidegger et leur réincarnation picturale. Picasso et Manet sont ces héros de l'intérieur dont le roman célèbre la virtuosité créatrice.
 
Dans sa recherche des amours enfantines et incestueuses qui guident ceux qui, en toute innocence, aiment comme des amantes leur sœur défunte ou leur mère fantasmée, le narrateur est guidé par une accompagnatrice de charme, en la personne de Lucie, ayant secrètement acquis le manuscrit de Casanova. Protectrice et amante, Lucie perpétue les amours enfantines de Picasso et de Manet, de celui qui en peignant Dora Maar se souvient de sa défunte sœur Conchita et de celui qui peignant Berthe Morisot ou Victorine Meurent explore l'innocente beauté convulsive des corps féminins. Les modèles et les sœurs sont avec les musiciennes les femmes les plus belles.
 
Eloge de l'infini en peinture, L'Eclaircie est un hymne au corps féminin dans la variété infinie de ses poses et l'insatiable ivresse de son jeu. Comme on lit une partition musicale, Sollers nous invite, dans un manuel de l'art de vivre à l'usage des hallucinés du spectacle que nous sommes, à écouter vibrer une narration réjouissante et à jouer de nos cinq sens réunis en un nouveau corps amoureux. Aux prédicateurs de la mort et autres idéalistes en tous genres, le roman oppose l'affirmation rajeunie d'une éternelle Renaissance artistique, d'un éternel retour de la beauté, toujours plus ou moins incestueuse. 
 
Philippe Sollers, L'Eclairie, Gallimard.

Mais le vert paradis des amours enfantines...

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