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Blog littéraire.


Mais souvenez-vous, personne ne pouvait charger sa terre.

Publié le 15 Octobre 2012, 11:49am

   Toni Morrison explore dans Home les blessures secrètes de la nation américaine. Elle met en lumière le péché originel de la ségrégation raciale et extériorise un instinct discriminatoire toujours feutré et replié sur sa propre ignorance. Les protagonistes du roman, Franck Money et Cee, sont frère et sœur et ont en partage une même expérience de l'exil et de la dépossession de soi. La scène inaugurale du récit, rapportée par le personnage de Franck, voit les deux enfants assister à la mise en terre, brutale, d'un homme vraisemblablement massacré, de toute évidence noir. Scène initiatique et fondatrice à la fois, vécue au plus près de cette terre dont le frère et la sœur seront chassés. L'un pour s'être engagé dans la guerre de Corée, l'autre pour avoir naïvement suivi un godelureau qui l'abandonnera en chemin.

           
             La voix meurtrie de Franck alterne avec celle d'un narrateur anonyme et bienveillant qui nous relate l'enfance et le parcours chaotique de deux enfants, en exil sur leur propre terre. Franck s'évadera de l'hôpital dans lequel il semble avoir été relégué pour éviter de nuire à une société puritaine et groggy par ses préjugés. Il partira en quête de sa sœur, agonisante, victime des expérimentations macabres d'un médecin blanc, apprenti-sorcier gynécologue. Portrait des années 50 où le be-bop marquait, dans un rythme trépidant ininterrompu, la cassure de la seconde guerre mondiale. Ce n'est pas à l'apogée d'un monde nouveau que Toni Morrison nous donne l'impression d'assister mais à l'approfondissement de fractures identitaires et idéologiques, partie intégrante de la fabrique d'un Nouveau Monde devenu aujourd'hui le nôtre.
           
               Les enfants prodigues retrouveront en partie les leurs, en la ville de Lotus, dans l'état de Géorgie. Mais la malédiction, à la fois sociale et raciale, semble rendre caduque toute forme de rédemption. Derrière les vexations permanentes, l'auteur nous fait entendre, dans une langue incandescente, le chœur formé par un peuple longtemps banni et avili. « Je ne vais pas fuir la vérité uniquement parce qu'elle fait mal » avouera Cee à son frère et le récit éblouissant de Home accueille la vérité de l'Histoire dans la basse continue du plus émouvant des éloges funèbres. 
 
Toni Morrison, Home, Christian Bourgois Editeur.
Mais souvenez-vous, personne ne pouvait charger sa terre.

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