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Blog littéraire.


Portrait d'Israël en jeune fille.

Publié le 15 Octobre 2012, 19:46pm

Un rappel fulgurant : le Nouveau Testament n'a pas été rédigé en grec mais en hébreu, dans la langue même des hors-la-loi qui écriront la Loi elle-même. Or, notre (mé)connaissance de la Bible provient indubitablement du fait que nous lisons une traduction asservie au logos des grecs et à leur perception historique et chronologique du Temps que les Hébreux ne connaissent pas.
Sandrick Le Maguer restitue tout d'abord au Livre, après Henri Meschonnic, son caractère poétique et midrashique; le midrash désignant les commentaires générés par le texte lui-même mais aussi le mode de production même de l'écrit biblique. Aussi, envisage-t-il les Evangiles, sans en exclure les apocryphes (que de lectures en perspective, mes amis!), comme des textes en soi midrashiques. En d'autres termes, le Nouveau Testament serait une réécriture de la Bible, palimpeste inépuisable et indéfiniment lisible et analysable.
Posés les principes d'une démarche herméneutique censée nous entrouvrir les portes du Livre - allez y voir et y entendre par vous-mêmes au lieu de vous lamenter sur l'étroitesse de votre existence en lambeaux! - l'auteur interroge avec délectation la genèse de Marie dont le parangon ne serait autre que Maryam, soeur de Moïse et d'Aaron, exilée quarante jours dans le désert après avoir été frappée de la lèpre. Cet exemple de rétroversion met ainsi en lumière le dogme de l'Immaculée Conception : Marie est tout autant la Vierge Mère que la soeur purifiée après avoir calomnié la femme de son frère. Une telle lecture rétroactive s'appliquerait tout aussi bien à Jésus - oui, vous savez, le cru-fixé! - avatar de Josué, successeur de Moïse, lequel fera entrer le peuple d'Israël en Terre Promise.
Derrière la gourmandise érudite que constitue cet ouvrage, aérolithe dans l'édition contemporaine que seul Sollers pouvait ouïr, lequel prend lui-même la forme d'un midrash insolent et fou, se fait entendre la célébration d'une poétique et d'une langue défiant l'éclat du diamant et du soleil, dont l'illumination du Cantique des cantiques -noces célébrant la communion d'un peuple avec son dieu - serait une incarnation tout aussi ondoyante que celle du Christ ressuscité. A travers la chair passe l'infini d'une langue, parfaite en cela qu'unique.
Les novlangues sont mortes, vive l'hébreu!

Sandrick Le Maguer, Portrait d'Israël en jeune fille. Genèse de Marie, Collection "L'Infini", Editions Gallimard.

Portrait d'Israël en jeune fille.

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