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Blog littéraire.


Un monde noyé d'ombre

Publié par olrach sur 10 Février 2013, 13:25pm

           Nous sommes quelques années après la guerre d’Indépendance israélienne. Ben Gourion est au pouvoir. Des rescapés de la Shoah tentent de fonder une communauté, au sein d’un kibboutz. Cette société utopique dans laquelle l’idéologie marxiste semble avoir supplanté la lecture du Talmud est traversée par des questions collectives et par des élans individuels qui voient les maris quitter leur épouse ou les enfants rêver de solitude ou d’émancipation. Faut-il que les familles élèvent seules leurs enfants ou doivent-ils être à la charge de la collectivité ? Doit-on se plier aux règles du groupe, au devoir militaire et sacrifier ses plus belles années ?

            A travers des destins individuels qui peinent à s’affranchir du lien social et de l’impératif nationaliste, Amos Oz nous raconte les peines et les déceptions d’êtres confrontés à un même sentiment de l’irréparable. Du jardinier Tsvi Provizor qui porte toute la misère du monde sur ses épaules à l’électricien Nahum Asherov dont la fille s’est installée avec son ancien professeur d’histoire, au fils de Henia Kalish méditant sur les ruines de Deir Ajloun, un village arabe détruit par l’armée israélienne, en passant par le jardinier Martin Vandenberg dont le rêve d’apprendre à la communauté l’espéranto afin de s’affranchir de la tutelle des nations et de l’Etat toujours oppresseur se verra anéanti ; tous les personnages de ces huit nouvelles bouleversantes sont les témoins d’un monde naissant toujours menacé de s’éteindre.

            A l’image de Yotam contemplant dans le village de Deir Ajloun « un puits au milieu des décombres », l’auteur jette un regard interrogateur sur les décombres autour desquelles l’Histoire d’un peuple, d’une nation mais aussi l’histoire propre à chaque individu se construisent. Le motif des échecs qui revient comme un leitmotiv dans ces récits est néanmoins dépassé par la force irrésistible du désir. Nombreux sont les personnages échappant à l’emprise du groupe par un sens tout aussi irréparable de l’amour ou de la simple amitié. « Vaincre l’amour ? » ironise le narrateur à propos du père d’Edna dont la fille est partie s’installer avec son professeur, n’y songez pas !

Amos Oz, Entre amis, traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen, Editions Gallimard.

Un monde noyé d'ombre

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