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Blog littéraire.


Un nuage de cendres, un jour à Pompéi

Publié par olivier rachet sur 12 Août 2018, 07:18am

  À quoi pense un dandy avant de se jeter par la fenêtre ? Il se dit qu’il aimerait que son cadavre soit retrouvé par une femme de ménage et s’empresse de passer une annonce afin d’en trouver une. Mais sans doute, est-il d’ailleurs déjà trop tard. Dans son seul et unique roman paru en 1988, et republié aujourd’hui par les éditions La Table Ronde, Daimler s’en va, Frédéric Berthet propose un portrait de son protagoniste sous forme de triptyque brinquebalant. Comme brinquebale l’existence de ceux qui préfèrent se donner la mort, quand toutes les émotions et les sensations que la vie peut offrir leur ont déjà été données. Don, contre-don, potlatch.

  Dans une première partie délibérément fragmentaire, le narrateur – dont Daimler imagine, dans une théorie qui lui est propre, qu’il n’a qu’à se laisser tomber d’une branche sur les sièges arrière d’une voiture décapotable blanche lorsque passerait à l’improviste le personnage, si tant est d’ailleurs que ces sièges existassent – égrène quelques pensées du protagoniste, rapporte de menus faits, en apparence insignifiants, mais douloureusement répétitifs. Que l’on rêve qu’un œuf au plat vous poursuive est une chose ; que ce rêve revienne vous hanter, alors à quoi bon ? Autant écrire des chansons, aux refrains entêtants comme cette « Héroïque » de 1977 : « Je m’appelle Véronique / J’sais pas quelle mouche me pique / C’était pt’être un moustique / Angoisse métaphysique ».

   Bonneval, l’ami de Daimler est au centre des deux autres parties d’un roman, qui disons-le vous arrache le cœur. La mort est difficile, et sans l’aide d’un double dans lequel Daimler se contemple désabusé, sans de précieux décrochages énonciatifs, on ne saurait trop quoi en dire. Un lendemain de cuite. Le lendemain du mariage de sa belle- sœur, Bonneval reçoit une lettre d’adieu de Daimler et n’en croit pas ses yeux. Puis, d’un court de tennis à Normale Sup, il enregistre des mots épars destinés à tracer un portrait de son ami disparu, mais la bande magnétique du magnétophone clignote et c’est le silence. « Raph était comme les chats qui, sautant des gouttières – arrive tout juste à énoncer Bonneval – retombent toujours sur leurs pattes. Seulement les gouttières étaient de plus en plus hautes. » Ils sont peu nombreux les suicidés de la société passés à la postérité dès une première lecture. Jérôme Leroy a mille fois raison de préciser, dans son introduction, que Berthet crée avec Daimler un archétype. Werther se suicidait par amour, de Rubempré par faiblesse de caractère. Daimler, au fond, pour des raisons qui nous restent incompréhensibles. On songe à la prose d’un René Crevel, faisant miroiter avec désespoir les mirages de la raison et les inconséquences de l’inconscient. Mourir n’est rien, sans doute, cher Daimler. Votre personnage rejoint pourtant la cohorte des tous ces débris du Moi que l’on regarde crânement aujourd’hui, de nos perches à selfies, oubliant les squelettes ambulants que nous sommes. Le roman est bien ce miroir brisé en mille morceaux que l’on brinquebale aux hasards de nos vies.

Frédéric Berthet, Daimler s’en va, éditions La Table Ronde.

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