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Blog littéraire.


Ci-gît Marguerite Duras

Publié par olivier rachet sur 1 Juillet 2019, 09:02am

    Deux frères que tout oppose ; on connaît l’histoire depuis Abel et Caïn. Christian Gambe est architecte, Clarin Gambe, alias Julien Mellismo, est écrivain. L’un construit un cimetière nouvelle génération dont les tombes sont en verre, l’autre s’attelle à la rédaction d’un livre autour de Marguerite Duras : « Clarin croit au pouvoir des mots ? Je crois à l’efficacité des chiffres. Clarin pense par phrases ? Je pense par volumes, par croquis, par lignes. » Au commencement du dernier roman de Thomas A. Ravier, le premier rend visite au second qui vient d’être interné pour troubles psychiques. Les aliénés même aujourd’hui ont perdu de leur superbe. Ils ne se prennent ni pour Jules César ni pour Napoléon, mais souffrent de symptômes cyclothymiques alternant phases d’euphorie et de dépression : « Bipolaire, vous dites ? s’enquiert l’éditeur de Clarin auprès de son frère. – Dépressif, il faut croire que ce n’est plus assez chic. – Je sais bien. La médecine ne traite plus seulement la maladie, elle entend également soigner le langage. » Christian a épousé une cantatrice, Madeleine, héroïne hitchcockienne en diable, dont la carrière a été subitement stoppée par un accident de voiture. Elle se morfond depuis dans une résidence construite par un mari dont elle s’éloigne avec un mépris grandissant.

    Au centre d’un récit qui prend peu à peu les allures d’un roman policier métaphysique – le cadre passant du Paris germanopratin à la Provence où souffle un mistral à réveiller les morts –, on rencontre une maître d’ouvrage, énigmatique dévoreuse d’hommes, Marguerite Dekkels qui finira par se suicider dans les toilettes du Flore en inscrivant sur un miroir « Je m’appelais Marguerite ». Mais on découvre aussi les recettes d’une mythique soupe aux poireaux et la puissance magnétique d’une bague qui aurait appartenu à Marguerite Duras et qui aurait été offerte à un membre de la Gestapo pour obtenir la libération de Robert Antelme. Quel est ce monde où la plupart des femmes sont littéralement prises d’une passion morbide à la seule évocation du nom de la pythie maladive qu’était Marguerite Duras ? Où l’on cherche à en finir avec des siècles de respect sacré des défunts « dans l’espoir de rompre avec ce fétichisme catholique », fétichisme des corps il va sans dire ? Un monde où triomphe un protestantisme vindicatif et hygiénique, cherchant à en finir une fois pour toutes avec la lente dégradation de nos corps que nous appelions jadis la vie. De la poésie dithyrambique ou élégiaque à Duras, il y aurait toute l’épaisseur d’un papier à cigarette ou d’une pellicule de film nous faisant passer de la gloire au nihilisme : « Pour Mallarmé, le monde est fait pour aboutir à un beau livre ? Pour Duras, à un chantier : si possible, avec sa mère en maître d’ouvrage. » La messe est dite.

Thomas A. Ravier, Apollon dans la poussière, Éditions Léo Scheer.

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