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Blog littéraire.


De l'assassinat considéré comme un des beaux-arts

Publié par olivier rachet sur 15 Mai 2018, 15:42pm

   Monsieur Edouard Louis ne semble pas avoir lu l’ouvrage de Thomas de Quincey, mais qu’importe, là n’est pas le problème. Là où le bât blesse considérablement, c’est que ce monsieur se croit écrivain. À la lecture de son dernier ouvrage intitulé Qui a tué mon père, sans point d’interrogation s’il vous plaît, mais aussi sans points de suspension, sans ponctuation même, sans prosodie ; on s’étonne de trouver des phrases approximatives dans lesquelles ce monsieur dit, mieux que ne le ferait un critique littéraire, son incapacité à écrire.

    « Si ce texte était un texte de théâtre, c’est avec ces mots-là qu’il faudrait commencer » : fichtre ! quel est donc cet objet littéraire – s’il en est d’ailleurs un – non identifié ? Un roman, peut-être : que nenni, rien ne nous le signale. Un récit, encore moins. Un essai, vous n’y pensez-pas ! L’ouvrage refermé, on cherche encore. « La toile était levée, et j’attendais encore. » Ce livre-là, ce n’est pas le rêve d’un curieux, mais le cauchemar de tout amateur de littérature, croyez- moi !

    « Ce que je dis ne répond pas aux exigences de la littérature, mais à celles de la nécessité et de l’urgence, celle du feu. » De quelle urgence se sent donc investi monsieur Edouard Louis ? Tout d’abord, après avoir craché sur les siens dans un premier roman que, rétrospectivement, on jugera démagogique ; celui-ci renoue avec la figure du père tant haï, en révélant la part de sensibilité enfouie du personnage. Oui, le père tourne la tête quand son fils esquisse un pas de danse, mais il sait aussi pleurer en écoutant une chanson de Céline Dion. Dans cette tentative honteuse de réhabilitation paternelle se tapit surtout un discours vengeur et moralisateur en diable. Edouard Louis s’en prend, en des pages d’une redoutable drôlerie, à tous les hommes de pouvoir, de Chirac à Macron, qu’il tient pour responsables de l’état de délabrement physique qui est celui de son père tant aimé. La pénibilité au travail est un sujet sérieux – loin de moi l’idée de le dénigrer ici – mais qui ne sait qu’on ne fait pas de littérature avec de bons sentiments ? Faut-il conseiller au jeune écrivain en herbe de délaisser ses fréquentations sociologisantes pour se plonger dans les œuvres complètes de Baudelaire, de Thomas de Quincey, de Céline et du marquis de Sade ?

    Le parfum démagogique devient franchement nauséeux lorsque monsieur Edouard Louis se met à écrire à coups de marteau. L’indécence n’est pas seulement une faute de goût impardonnable, elle est le signe d’une absence d’éthique des plus inquiétantes. Le totalitarisme débute lorsqu’on se contente d’appliquer une seule grille de lecture à des évènements aux paramètres fort différents. Or, la sociologie est ce programme digne de la pire propagande réaliste- socialiste qui soit. Peut-on vraiment entendre, sans vomir, les phrases suivantes ? J’en doute : « L’ennui a pris toute la place dans ta vie. Je te regardais et j’apprenais à voir que l’ennui est ce qui peut arriver de pire. Même dans les camps de concentration on pouvait s’ennuyer. » Même dans les camps de concentration on pouvait s’ennuyer ?

   Honni soyez-vous monsieur Louis ! Abandonnez la littérature et entrez au séminaire si le cœur vous en dit, mais de grâce, épargnez- nous désormais vos états d’âme.

   Pour en finir encore, je répondrai à l’argument massue qui consisterait à ne lire dans mes propos qu’une homophobie déguisée. Outre que je trouve le monsieur plutôt beau garçon, j’ajouterai que la question de ce livre se pose surtout par-delà bien et mal.

Edouard Louis, Qui a tué mon père, éditions du Seuil.

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